Affichage des articles dont le libellé est photographie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est photographie. Afficher tous les articles

15 novembre 2015

L'oeuvre photographique de Yohann Gozard : expo "Le paradoxe de la nuit noire" au Château d'eau

De retour à Toulouse en 2015, le blogueur a naturellement adhéré au Château d'eau, qui a formé son photoregard, avant sa fréquentation des hauts lieux parisiens de la photographie que sont la MEP, l'ex-CNP / Jeu de Paume, la galerie de photographie de la BnF et la Fondation HCB.

In extremis comme souvent, le cycle d'expositions de septembre-octobre 2015 lui a révélé le 30/10 une belle oeuvre, quoique à tendance plasticienne : celle de Yohann Gozard.


Ce photographe s'est consacré à la photographie de paysage nocturne. Comme chez Pierre Soulages (le "noir-lumière"), le noir n'est jamais tout à fait noir, tout à fait néant :
  • Soit le noir est à première vue profond, et alors, si le visiteur de l'expo veut bien regarder, il découvre des détails qui lui apparaissent lentement, comme dans l'expérience que l'on peut faire d'une véritable nuit, faisant ainsi du spectateur une sorte d'égal du créateur, qui, lui, fait apparaître les objets qui l'intéressent en "appliquant" dans l'espace photographié un éclairage supplémentaire. C'est par cette technique que cette photographie s'apparente à la peinture et à un mode d'expression "propre" en estompant les formes et les couleurs disharmoniques dans ces paysages de relégation plutôt "sales" (comme Gilles Deleuze disait que l'écrit est propre, à la différence de l'oral qui est sale, impur).
  • Soit, avec des temps d'exposition très longs (jusqu'à environ 45 mn ! pour une des photos exposées), le noir peut même être pleine lumière, donnant des ambiances irréelles, troublantes, lunaires. Si l'on ajoute à cela que les lieux photographiés ne sont pas indiqués dans (ou avec) les titres des œuvres et que les objets de ces vues sont des non-lieux (cf. Marc Augé), ces œuvres brouillent les fondements et les frontières les plus élémentaires : jour / nuit ? Terre / Lune ? Campagne / ville ? Incendie, volcan, explosion ? En d'autres termes, phénomène naturel ou technologique ?
Même si le point de vue du photographe est souvent à la campagne, c'est souvent le halo des lumières de la ville lointaine et son effet sur le ciel qu'il capte. A l'image de cette photo d'animaux en plâtre pour décoration de jardin dans un lieu de vente au bord d'une route, ce photographe met ainsi en abyme l'importance de l'artificialité dans le monde d'aujourd'hui et l'ampleur avec laquelle l'Homme le façonne, jusqu'à l'absurdité écologique : éclairages nocturnes inutiles et démesurés, piscines comme autant de bassins déplacés dans des zones arides, consommations indécentes d'énergie et d'eau...

Cette exposition et plus largement l'oeuvre dont elle est une manifestation marquent ainsi par leur effet d'ambiance générale, leur cohérence et leur effet à la fois sensoriel, intellectuel et moral.

12 septembre 2009

Willy Ronis : salut l'artiste.


Willy Ronis est mort cette nuit.

La seule fois où j'ai vu Willy Ronis de visu, c'était en 2005 ou 2006 lors d'un départ en voiture vers la Bretagne, sur le périphérique : il observait sur le pont de Montreuil. Pas tout à fait sûr que ce fût lui, mais c'était plausible compte tenu qu'il habitait près de la place de la Nation et que l'Est parisien était son domaine. Etrange instant, étrange souvenir...

13 février 2007

Lee Friedlander : un regard



Vendredi 8 décembre 2006, j'ai vu l'exposition Friedlander, du 19 septembre au 31 décembre 2006 sur le site Concorde du Jeu de Paume. C'était la première fois que je rentrais dans le Jeu de Paume depuis son affectation à la photographie, au lieu de l'art contemporain (de 1991 à 2004).
477 photos en noir et blanc (et 6 photos en couleurs de jazzmen) de Lee Friedlander, photographe américain né en 1934, étaient exposées. Si je connaissais de nom ce photographe, ce fut néanmoins, dans le champ photographique, ma plus grande révélation. Sans éluder sa dimension documentaire ni recourir au photomontage, la photo devient avec Friedlander un véritable art, une invention de formes, un système de regard. Et c'est bien cet équilibre, cette intrusion de l'art dans le documentaire, ce seul artifice du regard (par le choix du cadrage et du point de vue) excluant tout artifice au tirage, qui font sa réussite.
Dans l'oeuvre de Friedlander, l'insolite qui évoque William Eggleston, l'espièglerie qui évoque Elliott Erwitt, l'humour métaphysique qui évoque René Magritte ne sont que des aspects d'une photographie qui se caractérise par des jeux de lignes, de trames, qui crée des coïncidences entre premier plan et arrière plan (ci-dessus : Idaho, 1972, issue du site laurencemillergallery.com). Ombres, reflets, écrans, affiches, panneaux, effets de rideaux, d'écrans (barrières, grillages, fils électriques, arborescences végétales) vont jusqu'à la saturation de la structure de ses images.

Une critique de l'exposition par paris-art.com.
Quelques galeries de photos de Friedlander : masters-of-photography.com, phomul.canalblog.com, jameskelly.com.

15 octobre 2006

Gabriele Basilico : l'espace et le temps



Retour donc, vendredi 13 octobre 2006, à l'exposition "Gabriele Basilico : photographies 1980-2005" à la Maison européenne de la photographie (du 21 juin au 15 octobre 2006).

La rétrospective présentée à la MEP regroupe une sélection de photographies réalisées durant 28 ans, de 1978 à 2006, par Gabriele Basilico, né en 1944 et diplômé en architecture de l’université de Milan. Ses photographies sont essentiellement consacrées au bâti et ont partiellement un caractère systématique qui évoque l'oeuvre de Bernd et Hilla Becher.

Bâtiment / homme
Ses vues sont souvent désertes, les hommes y sont rares et discrets. En fait, dans l'univers de Basilico, l'architecture supplée l’homme, non pour le nier mais pour parler pour lui, pour le révéler.
"Quand le regard s'étend et se dilate dans l'espace urbain physiquement délimité, il est naturel que les personnes, les groupes, et même le trafic, soient "absorbés" par le paysage, au loin"
"avec le temps, l'espace a retenu toute mon attention, il a lentement remplacé les évènements et l'homme, il en a comme accepté la délégation, et le lieu est devenu sa demeure."

Bâtiment / environnement
Basilico explore la transformation des territoires. L'agglomération de Naples se répand sous la fumée du Vésuve, les fumées industrielles de Dunkerque se confondent avec les brumes de mer.

Bâtiment / temps
L'architecture ancienne, pourtant prise dans la poussière, l'usage, la banalité, voire l'empilement de styles,
Basilico la photographie comme on photographie un bâtiment d'architecture contemporaine. C'est le cas particulièrement de l'architecture nouvelle des années 30 (ici : Milan, 1980, issue du site consarc-ch.com).
A Beyrouth, Basilico photographie longuement en 1991 les bâtiments ravagés par la guerre du Liban, puis photographie l'essor de son urbanisme en 2003. Ironie de l'actualité pendant la durée de l'exposition... Les stigmates des immeubles coloniaux de Beyrouth en 1991 évoquent un viellissement accéléré, artificiel, des bâtiments de style art nouveau qu'il photographie par ailleurs.
"la "lenteur du regard", en syntonie avec la photographie des lieux, est devenue beaucoup plus, pour moi : c'est une attitude "philosophique" et existentielle, grâce à laquelle on peut tenter de retrouver, dans le monde extérieur, une possibilité de "sens"." Sous l'apparente statique des bâtiments, Basilico nous montre qu'il y a bien une dynamique à l'oeuvre. Mais il a trouvé la distance (le temps) juste : ni immobilisme du permanent, ni bougisme de l'éphémère.

Un portfolio à feuilleter :
http://www.fineartphotography-online.com/artphotogallery/photographers/gabriele_basilico_01.html

16 septembre 2006

Un été italien

Mercredi 6 septembre 2006, visite du cycle d'expositions de la Maison européenne de la photographie, "Un été italien", du 21 juin au 10 septembre ou 15 octobre 2006 selon les expositions.

C'est avant tout l'exposition rétrospective "Gabriele Basilico, Photographies 1980-2005" qui m'a attiré, et comblé ! Photographie et architecture, voilà mes deux passions ; alors la photo d'architecture !
Mais l'expo se tenant jusqu'au 15 octobre, je reviendrai la voir, et en parler.

Ce cycle comprend quatre autres expositions :

"Crossing" de Francesco Jodice (jusqu'au 10 septembre) est une série de clichés grandeur nature de gens ordinaires qui marchent vers le photographe sans savoir qu'ils sont photographiés, ensuite disposés les uns à côté des autres de manière à reconstituer une continuité entre les sujets et l'espace qu'ils occupent. L'effet des personnages grandeur nature, les raccords de lieu et les jeux de couleurs des habillements ne sont pas sans intérêt.

"La Buona ventura" de Patrizia Mussa (jusqu'au 10 septembre) est une série de portraits, soignés et originaux, d'Italiens de Paris.

"A Cuba" de Angel Marcos (jusqu'au 10 septembre) est une série de photographies de bâtiments cubains : à l'architecture pré-castriste se sont ajoutés les signes politiques du régime révolutionnaire puis la décrépitude... Les grands "tableaux" en couleur du photographe espagnol rendent bien l'atmosphère d'abandon et d'isolement de l'île.

Enfin, "La photographie contemporaine italienne dans la collection Anna Rosa et Giovanni Cotroneo" (jusqu'au 15 octobre) m'a permis de revoir quelques photos de Mario Giacomelli (dont j'avais vu les "Métamorphoses" à la BnF le 7 avril 2005), et surtout de découvrir le travail de :
- Raffaela Mariniello et ses photographies en noir et blanc contrasté de paysages urbains, souvent nocturnes, évoquant de Chirico, Brassaï ou Bill Brandt ;
- Franco Fontana et ses photographies qui sont des compositions de surfaces colorées, évoquant Peter Klasen ou Pierre Klein.

Photo : Gabriele Basilico, Berlin, 2000 ; issue du site museodellafotografia.com.

12 août 2006

Le photographe Paolo Pellizzari


Dimanche 23 juillet 2006, je suis allé voir le cycle d'expositions de la Galerie du Château d'eau à Toulouse.

J'étais d'abord attiré par "The world next door", exposition des photographies panoramiques de Paolo Pellizzari du 28 juin au 3 septembre 2006. Ses larges panoramiques rendent bien l'ensemble du champ perçu par le spectateur et surtout, à travers lui, l'ambiance de la scène. Ils en rendent souvent l'unité, mais montrent parfois dans un même champ visuel l'opposition entre deux scènes distinctes. Il n'abuse pas pour autant des effets déformants du très grand angle, même s'il sait porter un regard ironique sur notre époque à l'instar de Martin Parr.

Photo : Paolo Pellizari, Chennai advertisiang buidings (Inde), issue du site pellizzari.net.

La seconde exposition, "L'arpenteur" du 28 juin au 17 septembre 2006, est consacrée à Patrick Toth. Au-delà de l'hétérogénéité des vues, ces photographies (en couleur) constituent un ensemble en composant une sorte de journal intime visuel, à Bordeaux pour l'essentiel.

12 juin 2006

Magritte en photo

Vendredi 9 juin 2006, je suis allé voir le cycle d’expositions à la Maison européenne de la photographie du 15 mars au 11 juin 2006, intitulé "L’Esprit du Nord" et composée de 3 volets.

"Netherlands now" expose la photographie néerlandaise à travers 25 photographes, portraits et paysages essentiellement.

Johan van der Keuken, "Photographie et cinéma", fut pour moi une vrai découverte. En attendant de découvrir son cinéma, les expériences variées de Keuken pour rendre le mouvement et le temps en photographie sont imaginatives et suscitent la réflexion : séries de photographies avec cadrage fixe ou avec changement de cadre, surimpressions ("multicouches") pour rendre le foisonnement de la ville de Jaipur (Inde)…

Mais c’est d’abord pour "Magritte et la photographie" que je me suis déplacé. La photographie permet à René Magritte (1898-1967) de mettre encore plus en abyme ses tableaux ou permet de faire comme un tableau en y mettant en scène des personnes, lui-même ou son épouse Georgette. Avec le "reportage" que lui consacre le photographe américain Duane Michals, la mise en abyme est poussée plus avant par les jeux de reflet et de surimpression : Magritte dans sa maison et parmi ses tableaux disparaît ou se dédouble…

Photo : Duane Michals, René Magritte, 1995, issue du site artnet.com.

30 avril 2006

L'oeuvre du photographe Olivier Verley


Dimanche 23 avril 2006, je suis allé voir "Le Paysage traversé", exposition de photographies d'Olivier Verley, à l'Espace Gainville d'Aulnay-sous-Bois (du 5 au 26 avril 2006).

Il s'agit de tirages de taille moyenne de photographies en noir et blanc. Etant donnés les textes qui l'accompagnent, il s'agit manifestement de la présentation d'une exposition pré-existante.

L'expo se composait de deux parties : l'une de son travail de prise de vues de la Côte d'Opale (site des caps) pour le Conservatoire du littoral (édité par Marval), l'autre de paysages du plateau d'Auvers-sur-Oise, du Vexin français et du Gers.

Marquée par le fameux Pierre de Fenoyl (1945-1987, voir : Le Rhúne, France, 1945), l'oeuvre d'Olivier Verley, né en 1956, se caractérise par des prises de vues de paysages sans homme, rendu par un noir et blanc très contrasté, au tirage notamment et non sans excès. Ainsi "Les nuages contribuent à dramatiser l'espace", écrit à son propos Gabriel Bauret.

Plusieurs textes accompagnant l'exposition s'avèrent très intéressants, sur l'oeuvre de Verley comme sur la photographie en général. Ainsi Jean-Loup Trassard écrit-il :

"dans l’image il n’y a "paysage" que si formes et lumières, et ce qu’on peut aussi pressentir de matières, entrent en composition. [...] "le sujet réel du photographe, qu’il offre à voir, est d’abord l’action de prélèvement, l’affirmation d’un choix parmi les surfaces représentables, puis – à l’intérieur du carré ou rectangle – la désignation d’un ensemble de lignes et de masses, de lumières et d’ombres dont la géométrie ne saurait être abstraite puisqu’elle est supportée par une matière qu’on sait éminemment concrète."

"Loin des naïvetés du reportage comme de celles de l'esthétisme, de la performance descriptive comme de l'habileté plastique", écrit aussi Bernard Latarjet. Le propos de ces différents textes est de montrer que Verley serait au point juste en photographie purement descriptive, documentaire, et photographie purement esthétique, formaliste, coupée du réel, du territoire, de la matière. Si les photos de Verley ne sont pas exemptes d'un certain formalisme, je me joins néanmoins à ces analyses, ne serait-ce que pour refuser que la photographie ne soit qu'un outil documentaire qui ne pourrait trouver son autonomie que dans une nouvelle allégeance : celle de l'art contemporain, comme le soutient André Rouillé.

Photo : Olivier Verley, "Miroir d'un jour. Plateau d'Auvers sur Oise, le 12 septembre 1999 à 19 heures.", issue du site enviedart.com.

03 mars 2006

Pierre Klein, fragments multicolores de villes


Avant d'aller voir l'expo des PPP le vendredi 3 mars 2006, le site web de la MEP a attiré mon attention sur l'expo des photographies de Pierre Klein, Pariscolor du 18 janvier au 5 mars 2006.

Pierre Klein, fils de William (dont je regrette de n'avoir pas vu la rétrospective au Centre Pompidou), compose ses photos par des gros plans multicolores qui découpent des détails ou assemblent différents plans. Affiches, stickers, drapeaux, banderoles, enseignes et décorations lumineuses de Noël, manèges, avions, ... Mais aussi locomotive (Avenue des Champs-Élysées, 2003) et machine à vapeur, rendant ainsi explicite la référence à l'oeuvre de Peter Klasen, exposée il y a peu de temps à la MEP.

La galerie parisienne Central color expose ensuite les photographies de Pierre Klein du 23 mars au 26 avril 2006.

Photo : Pierre Klein, Place de la Madeleine, 2004, issue du site de la MEP (mep-fr.org)

Raymond Depardon, PPP


Vendredi 3 mars 2006, j'ai vu le cycle d'exposition de la Maison européenne de la photographie à Paris du 18 janvier au 5 mars 2006.

J'y allais essentiellement pour voir les fameuses "PPP : Photographies de personnalités politiques", par Raymond Depardon. Des tirages de petit format de photographies en noir et blanc, prises au vol lors de reportages ou lors de séances plus personnelles, de personnalités françaises et étrangères de ces 45 dernières années. Chacune est accompagnée d'un texte qui indique les conditions dans lesquelles la photo a été prise et les impressions du photographe. Il s'agit ici d'une sélection parmi les photos publiées dans l'ouvrage homonyme aux éditions du Seuil.

"Son intérêt est surtout de montrer l’évolution de la photographie politique au cours de cette période, les façons de travailler du photographe en fonction de l’évolution technique des appareils de prises de vue et surtout de l’importance qui lui est de plus en plus reconnue.", indique le dossier de presse. Effectivement, Depardon est plus intéressé par la photo des hommes politiques en mouvement, en action, sur le vif, qu'à la pose. Ainsi parle-t-il à François Hollande de la "contagion du conceptuel qui envahit le réel" à propose de la demande croissante de photos posées (Raymond Barre... de dos). De la même façon, Serge Daney opposait le "visuel" et l' "image".

Photo : USA, Iowa, le candidat républicain Richard Nixon en campagne pour la présidentielle, octobre 1968, par Raymond Depardon, issue du site de la MEP (mep-fr.org)

01 mars 2006

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Lundi 27 février, j'ai vu l'exposition de photographies "Est-ce ainsi que les hommes vivent" sur les grilles du Jardin du Luxembourg à Paris, du 8 décembre 2005 au 28 février 2006.

Il s'agit de 78 photos de très grand format, en noir et en couleur, prises entre 1990 et 2005, sélectionnées dans le programme homonyme publié par les Editions du Chêne : " En 1955, l'exposition photographique The Family of Man connaissait un succès planétaire. Elle est aujourd'hui la seule exposition consacrée Patrimoine mondial de l'UNESCO et présentée de façon permanente au Luxembourg.
Cinquante ans après, les Editions du Chêne proposent un nouveau regard photographique sur la même thématique : la ronde de la vie, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse et au passage de relais avec les générations futures."

Si chaque photo est de qualité, l'hétérogénéité des photos, entre photos évènementielles et photos sociales notamment, laisse un sentiment d'incohérence.

Photo : Henri Gay 2006

25 février 2006

La photographie en Seine

Samedi 25 février 2006, je suis allé voir en famille l'exposition "La Seine des photographes" à la Conciergerie à Paris du 3 février au 8 mai 2006.

Ce fut d'abord l'occasion de visiter (enfin !) la Conciergerie. Tout son intérêt réside en fait dans la Salle des Gens d'armes et dans la Salle des Gardes. La Salle des Gens d'armes est une immense salle gothique sur colonnes, entièrement rénovée.

L'exposition photographique qui se tient dans la Salle des Gens d'armes est copieuse. Elle est organisée en 7 parties : "En long et en large", "Couleurs du fleuve", "De pierre et d'eau", "La vie des berges", "Scène d'actualité", "Galerie" et "La Seine d'Henri Cartier-Bresson".

L'exposition dans son ensemble, même si elle privilégie la Seine à Paris et la Seine dans sa fonction de loisirs (promeneurs, flâneurs, pêcheurs, ...), constitue une histoire de la photo à elle seule : de ses débuts à nos jours, en noir et blanc et en couleurs, avec toute la variété des techniques et des styles. La "Seine des photographes", c'est la photographie en scène.

Photo : Henri Cartier Bresson, Ile de la cité, Paris, 1952. Issue du site leblogdegab.canalblog.com.

10 février 2006

Willy Ronis, photographe de Paris


Jeudi 9 février 2006, je suis allé voir l'exposition "Willy Ronis à Paris" dans le Salon d'accueil de l'Hôtel de ville de Paris du 19 octobre 2005 au 18 février 2006, qui, compte tenu de son succès, a été prolongée jusqu'au 27 mai.

L'exposition, très personnelle, va de ses toutes premières prises de vues jusqu'aux dernières. "Willy Ronis à Paris", le titre a son importance puisque l'exposition est dédiée exclusivement aux photos de Paris et de la région parisienne, éludant ainsi la période provençale.

Dans ce périmètre, l'expo est très complète, et touchante, parsemée d'objets personnels (violon, matériels photos...).

Photo : l'affiche à l'entrée du Salon d'accueil de l'Hôtel de ville, Henri Gay 2006

05 février 2006

Paris par trois photographes humanistes

Dimanche 5 février 2006, je suis allé voir l'exposition "Trois photographes humanistes : Frédéric Barzilay, Lucien Hervé et Willy Ronis", qui se tient au Musée Carnavalet (dédié à l'histoire de Paris) du 21 septembre 2005 au 19 février 2006. Elle présente 55 tirages d'époque (des années 30 à 60), de petit format, appartenant au musée.

Ces trois photographes appartiennent au courant du "réalisme poétique". Tous trois ont notamment en commun des photos de Paris nocturne et brumeux, à l'instar de Brassaï (ici : Willy Ronis, Rue Muller [à Montmartre], 1934).

Lucien Hervé est un photographe de l'architecture, mais aussi de l'homme dans l'architecture. J'ai eu plaisir à découvrir ses 24 photos, faute d'avoir pu voir l'importante exposition "Architecture de l'image" que lui avait consacré le Centre des monuments nationaux en 2002 à l'Hôtel de Sully à Paris.

Photo : issue du site peterfetterman.com

08 janvier 2006

Le photographe Sebastião Salgado


Vendredi 6 janvier 2006, de retour à la vie culturelle parisienne, je suis allé voir l'exposition de photographies de Sebastião Salgado, "Territoires et vies", dans la Galerie de photographie du site Richelieu de la BnF (du 20 septembre 2005 au 15 janvier 2006).

L'exposition, constituée de 136 photographies en noir et blanc appartenant au département des estampes et de la photographie de la BnF et à la collection de l’auteur, traverse toute l'oeuvre de Salgado, toutes ses campagnes de reportage, de 1977 à 2004 : Amérique du Sud, Espagne et Italie, Afrique, Turquie, Egypte, Koweït, Afghanistan, Inde, Indonésie, Hong-Kong, Chine. Et traverse ses 3 projets successifs : "La Main de l'Homme", "Exodes" et "Genesis".

J'ai découvert l'oeuvre de Salgado en décembre 1989 à la galerie de photographies du Château d'eau à Toulouse lors d'une exposition intitulée "Regards d'acier", j'ai vu sa première grande exposition "La Main de l'homme" au printemps 1993 au Palais de Tokyo (avant d'habiter la région parisienne), puis la seconde "Exodes" le 20 août 2000 à la MEP, enfin "L'homme et l'eau" sur les bords de Marne à Champigny le 10 juillet 2005.

Le conflit entre le caractère négatif des scènes représentées (douleur, détresse, souffrance, ...) et le caractère positif de la représentation (cadrage précis, piqué ou grain, effet de texture, couleur bronze du style Salgado) assaille les organisateurs de l'exposition comme tout spectateur des photos de Salgado :

"La valeur plastique, productrice inépuisable d'archétypes, n'entre cependant pas en contradiction avec les rudes révélations qu'elle véhicule. Elle permet au spectateur de trouver dans la représentation une source de méditation sur un réel avec lequel elle ne se confond pas [...]." (panneau introductif dans l'exposition)
"[L'exposition] propose de montrer le rapport étroit qu'établit le photographe entre esthétique et engagement politique. [...] La puissance plastique devient, dans l'œuvre de Salgado, une incitation à prendre le temps de regarder et de penser le monde." (page web de l'exposition)

Le critique de cinéma Serge Daney écrivait : "Nuit et brouillard, un "beau" film ? Non, un film juste. C'est Kapo qui voulait être un beau film et qui ne l'était pas. Et c'est moi qui ne ferais jamais bien la différence entre le juste et le beau. D'où l'ennui , pas même "distingué", qui fut toujours le mien devant les belles images." (extrait de Le Traveling de Kapo, in Persévérance, POL, 1994, p. 19)

Photo : issue du site sebastiensalgado.com. Sebastiao Salgado, Bombay, Inde, 1995. "Cette dame aisée vient de distribuer, tôt le matin, de la nourriture aux pauvres qui vivent sur la plage." S. Salgado

16 décembre 2005

Le photographe Bill Brandt






















Vendredi 16 décembre 2005, je suis allé pour la première fois à la Fondation Henri Cartier-Bresson (HCB) à Paris (14e arrondissement). Elle est ouverte depuis mai 2003 dans un ancien atelier d'artiste du quartier Montparnasse, et je n'y étais malheureusement jamais allé encore.

C'était pour y voir l'exposition rétrospective des photographies de Bill Brandt (du 21 septembre au 18 décembre 2005), présentée en collaboration avec le Bill Brandt Archive de Londres.

Bill Brandt (1904-1983) est un photographe anglais qui inaugura dès le début des années 30 le reportage social, en l'occurrence sur les classes de la société britannique. Il s'est consacré ensuite à d'autres genres : portraits d'artistes, paysages et nus.

S'il a débuté par le reportage social, ce n'est pourtant pas du tout un tenant de l'instantané et de la captation du fugace : "Le travail du photographe consiste, en partie, à voir les choses plus intensément que la plupart des gens.", dit-il. L'exposition est constituée presque en totalité de tirages d'époque effectués par Brandt lui-même, et c'est essentiel puisqu'il considère que le travail avec l'agrandisseur, en chambre noire, fait partie de la réalisation de l'oeuvre, qui ne s'arrête pas à la prise vue.

Son oeuvre exposée ici est constituée de 117 photographies de format moyen, exclusivement en noir et blanc, fortement contrastées le plus souvent et essentiellement en format vertical (format "portrait" au lieu du format "paysage"). Ses photos sont probablement souvent recadrées, pour donner lieu à des cadrages serrés et à des structures d'images en deux tiers/un tiers, dans lesquelles l'objet essentiel de l'image n'est jamais tout à fait au centre. La Fondation HCB parle très justement dans sa présentation de l'exposition de la "profonde sincérité des artifices mis en oeuvre". Dès ses débuts, y compris dans le reportage social où il n'hésite pas à faire poser les gens, il s'agit donc d'une oeuvre réfléchie et travaillée par un souci formel, qui s'exprime par les points de vue, les cadrages et les effets de plastique et de texture. Avec Brandt, la photographie ne serait-elle plus un art de l'instant ou du mouvement ("La photographie n'est pas un sport.", dit-il), mais un art du temps, comme le disait Serge Daney du cinéma ?

Dans son oeuvre, mon goût va d'abord à ses vues urbaines (Halifax, Londres, Newcastle) et à ses paysages naturels, aux contrastes saturés et aux ambiances mystérieuses.

Le portail Photosapiens fournit un texte de Brandt sur son oeuvre et une présentation de l'exposition.

Photo : Snicket in Halifax, c. 1937, issue du site www.stanford.edu

26 novembre 2005

Peter Klasen photographe

















Vendredi 25 novembre 2005, je suis allé voir le cycle d'expositions de la Maison européenne de la photographie (Mairie de Paris), d'abord pour y voir l'exposition "Peter Klasen : Nowhere Anywhere - Confrontations : Photographies 1970-2005" (du 28 septembre au 27 novembre 2005).

Peter Klasen est un peintre (Allemand, né en 1935), fondateur du mouvement de la Nouvelle figuration ou Figuration narrative au début des années 60. Son oeuvre utilise les signes et codes de la société urbaine. L'exposition présente l'univers peu connu de ses photographies qui sont le point de départ de son œuvre picturale : Klasen fait des photos "de la même manière que d'autres artistes font des carnets de croquis." , dit-il à Libération (du 10 novembre 2005).

L'exposition de la MEP présente une cinquantaine de photographies en couleurs, tirées en grand format sur plexiglass brillant ou rétroéclairées. Ce sont les prises de vues en gros plan de fragments usagés de machines : manomètres, verrous métalliques, durites de circuits hydrauliques, tuyauteries, câbles, tôles et bâches d’engins de travaux publics, de wagons et de camions. Ces photographies sont assemblées par groupes ou séries, jouant de la complémentarité ou de l'alternance des couleurs. Cinq tableaux sont présentés en regard de photos.

Même si ces photos ne sont pas destinées à être l'oeuvre en soi, elles sont d'un bel effet et la singularité de leur cadrage les rend créatives. Décidément, la photographie en couleur a acquis sa légitimité artistique.

Photo : issu du site de la MEP (mep-fr.org)

21 octobre 2005

10 photographes Magnum dans les 10 nouveaux pays de l'UE









Vendredi 21 octobre, j'ai vu l'exposition "Euro Visions : les nouveaux européens par dix photographes de Magnum" au Centre Pompidou (du 15 septembre au 24 ocotobre 2005). De juillet 2004 à avril 2005, 10 photographes de l'agence Magnum ont photographié chacun un des 10 pays entrés dans l'Union européenne le 1er mai 2004.

Patrick Zachmann présente la Hongrie par un mur de photos, de formats divers, en noir et blanc et en couleur. La qualité de Zachmann n'est plus à démontrer, notamment dans ses photos en noir et blanc.

Martin Parr présente la Slovénie par quelques photos en couleur de grand format. Ses photos sont aussi à la hauteur de son oeuvre.

Chris Steeele-Perkins présente la Slovaquie par 14 albums photographiques thématiques (papier), qui lui permettent de montrer beaucoup plus de photos (en couleur) que ne le lui permet l'espace restreint de l'expo. Ses portraits et scènes sociales, la quantité de photos en font une réussite.

Carl de Keyzer présente Malte, dans un style proche de celui de Parr. Photos en couleur de grand format, très lumineuses et souvent ironiques. En sus, deux écrans diffusent des séries de portraits de Maltais.

Lise Sarfati présente la Lituanie par un diaporama (accompagné d'une bande-son), constitué d'une galerie de photos en couleur de jeunes filles lituanienne sur leurs lieux de vie.

Mark Power présente la Pologne par quelques photos en couleur de grand format sur plexiglass. L'ampleur et la définition des photos font un bel effet.

Donovan Wylie présente l'Estonie par une galerie de photos en couleur de petit format représentant chacune un Estonien marchant dans la rue, toujours placé au centre et photographié de pieds.

Martine Franck présente la Tchéquie par un film de photographies en noir et blanc, accompagnés d'entretiens et de musique. La famille Fárová, composée essentiellement d'artistes, est ainsi présentée ainsi que le quartier historique de Prague dans lequel se trouve sa maison familiale.

Alex Majoli présente la Lettonie par un multi-diaporama de photos en noir et blanc, mêlant portraits et lieux.

Enfin, la meilleure des parties de cette exposition est pour moi celle de Peter Marlow, qui présente Chypre dans une pièce dont les quatre murs sont couverts de nombreuses photos carrées en couleur de petit format, constituant une sorte de kaléidoscope de l'île divisée. La photographie de format carré donne ainsi une vue parcellaire, qui individuellement, isolément, ne peut donner une vision du pays. Au contraire dans la photo 24×36, chaque vue se suffit, est un monde en soi, représente le monde, comme le champ rectangulaire de la vision humaine. La prise de vue de format carré est au contraire un "spot", qui peut isoler un objet dans la vision humaine et n'a pas besoin d'appui sur les contours de la photo (cadre de fenêtre, arbres, ...). La vision du pays provient de l'accumulation de ces vues fragmentaires. Marlow photographie ainsi notamment une série de panneaux étonnants.

Photo : Henri Gay 2005

12 octobre 2005

La revanche de Willy Ronis

Le photographe Willy Ronis, 95 ans, revient au premier plan. Un entretien sur France Culture (Surpris par la nuit : Mat ou brillant ? - "Willy Ronis : une vie de photographe") mardi 11 octobre au soir m'informe qu'il fera l'objet d'une importante exposition à l'hôtel de ville de Paris, du 19 octobre 2005 au 18 février 2006 (entrée libre !), et de deux livres.

J'ai acheté le premier livre, paru chez Taschen. A propos de cet ouvrage, on peut voir :
- le site des éditions Taschen (voir la vidéo d'une interview de Ronis),
- sa présentation par Photosapiens.

Le Monde publie 3 portfolios (les 2 premiers sont sonores) :

- "Quand Willy photographie Ronis"

- "Willy Ronis : retrouvailles"

- "Willy Ronis, rue de la Huchette, 1957"


Un second livre, Paris éternellement, vient de paraître chez Höebeke avec l'expo.

Rappelons que Ronis fait aussi partiellement l'objet de l'exposition "Trois photographes humanistes" au Musée Carnavalet (Mairie de Paris) du 21 septembre 2005 au 15 janvier 2006.

Enfin, j'ai vu l'exposition de 26 tirages d'époque "Willy Ronis Vintages 1934-1976" à la galerie Camera Obscura (268 bd Raspail, Paris 14e, du 9 septembre au 15 octobre 2005). Pourtant Ronis affirme, très justement : "J'ai eu [...] toujours un labo photo : j'aime développer moi-même, regarder les planches-contact, tirer et agrandir. Ce qui me plaît, c'est la fabrication, la répétition. C'est pour cela que je suis réticent à la photo vintage. Ca me met mal à l'aise, c'est une mode, un snobisme. Une photo ne doit pas être rare, ni précieuse. Je me refuse à faire des tirages limités pour faire monter les prix, c'est trop du commerce. La photo, c'est démocratique." (Libération, 19 octobre 2005, "Si Ronis m'était conté", entretien avec Antoine de Baecque)

Après la disgrâce, sa longévité lui aura donc permis de connaître le retour en grâce. J'ai découvert ce photographe le 2 février 1997 par l'exposition rétrospective que lui avait consacrée le Pavillon des arts (Mairie de Paris, toujours !) du 31 octobre 1996 au 4 février 1997, et je place l'oeuvre et le bonhomme au sommet de mon panthéon photographique. J'ai ainsi écrit sur son oeuvre dans les Cahiers de médiologie (n°3, 1er semestre 1997, p. 293) : "Willy Ronis : humour, système, humour systématique", pour essayer de briser l'image banale de l'oeuvre de Ronis, qui serait consensuelle et le produit d'une pure spontanéité.